Publics et communautés à Lyon

J’étais hier à Lyon III pour notre séminaire commun Catégories du pragmatisme (ENS EHESS ENS-LSH Lyon III) qui portait cette fois sur la notion de « Publics », développée notamment par Dewey dans Le public et ses problèmes. Le principe de ce séminaire, qui en est maintenant à sa deuxième année, est de proposer le matin des synthèses sur les notions fréquemment mobilisées dans le courant pragmatiste, et de permettre l’après-midi à des collègues chercheurs de donner des développements de recherches en cours.

affiche pragmatisme2016

Roberto Frega a proposé une mise en perspective historique de la notion de public, mise en regard des différentes conceptions de la communauté qui se sont affrontées depuis plus d’un siècle. J’ai tenté de montrer la singularité de la définition deweyenne des publics:

Ceux qui sont indirectement et sérieusement affectés en bien ou en mal [par certains résultats de l’action humaine collective] forment un groupe suffisamment distinctif pour requérir une reconnaissance et un nom. Le nom retenu est « le Public[1]».

dans un cadre où, d’emblée, l’esprit, caractérisé comme système d’attentes et de dispositions, est public, et non pas « dans les têtes » ou « privé ». Il ne s’agit donc pas de penser classiquement la sphère publique, le public en général, mais bien ce qui constitue un public dans sa singularité. Dewey propose une définition fonctionnelle des groupes qui est intéressante par sa souplesse, car elle permet de comprendre à la fois qu’un même individu puisse appartenir à une très grande diversité de publics (selon la nature des conséquences qui l’affectent) et qu’il puisse aussi ne pas se reconnaître dans un public auquel il devrait pourtant appartenir, faute de percevoir ces conséquences. Je développe certains de ces points sur ce blog. A rebours d’une idée reçue, Dewey n’est nullement optimiste en 1927 sur l’éclosion de ces publics actifs au sein des démocraties, et il le sera d’autant moins au cours des années 1930 lors de la montée des totalitarismes, qu’il entreverra la possibilité que les publics les plus actifs ne se situent pas forcément dans les démocraties:

Pour à peu près la première fois dans l’histoire humaine, des États totalitaires existent qui prétendent reposer sur le consentement actif des gouvernés. Tandis que les gouvernements despotiques sont aussi vieux que l’histoire politique, ce phénomène particulier est aussi étonnamment inattendu que puissant. Dewey, Liberté et Culture, 1938, tr. p. 145.

L’après-midi, Barbara Stiegler a donné un intéressant éclairage du débat Dewey/Lippmann sur l’arrière-plan de l’évolutionnisme, et Just Serrano Zamora des rapprochements inédits entre pragmatisme et théorie critique.

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[1] Dewey Le public et ses problèmes (1927), 2010, tr. p. 117 mod..

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